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« En 2084, la notion de réfugié aura changé et concernera le plus grand nombre », Joséphine Goube

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Par Anais Richardin - 26 janvier 2019 / 09H00

Joésphine Goube est à la tête de Techfugees, une organisation lancée en 2015 pour développer l’empowerment des réfugiés à travers la technologie. Invitée à partager ses idées lors de la Maddy Keynote 2019, elle nous donne quelques billes sur ce vers quoi se tourne notre société.

En 2084, quels seront les challenges des réfugiés ?

Sans réduction des gaz à effet de serre et autres pollutions, les scientifiques annoncent une amplification des migrations climatiques jusqu’en 2050… puis une accélération. Il y a donc de grandes chances pour qu’en 2084, nous soyons nombreux à avoir été déplacés à la suite de phénomènes climatiques ! Les notions même de réfugiés et de frontières géographiques en seront donc probablement bouleversées. Le digital est déjà un outil puissant pour dépasser les frontières, c’est en tout cas notre conviction chez Techfugees. Dans 65 ans, il permettra donc à certaines personnes d’accéder aux droits, aux informations, à l’emploi, à la santé, à l’éducation… Mais je crains également que d’autres en soient exclus ou y soient vulnérables en raison de leur identité en ligne si on ne respecte pas une certaine éthique.

Internet est un espace très politique, tout comme la question de l’accueil des réfugiés. La principale question est donc de savoir combien de temps encore la société civile va devoir inventer seule les solutions technologiques d’intérêt général pour répondre aux challenges des réfugiés avant que nos dirigeants ne prennent enfin leurs responsabilités. Je pense aux dirigeants européens bien sûr, mais plus généralement, comment des pays au poids politique et économique grandissant comme la Chine, l’Inde et certains pays du continent africain ou imprévisibles comme les États-Unis réagiront-ils face à cette nouvelle donne ?

La Tech est-elle un outil parmi d’autres pour ré-intégrer les populations réfugiées ?

La Tech est effectivement un moyen, pas une fin en soi. Techfugees est né en 2015 d’un constat et d’une volonté : 93% des réfugiés arrivés sur les côtes grecques étaient équipés d’un téléphone mobile. Comment, alors, sensibiliser l’écosystème à leurs besoins et le mobiliser pour co-constuire, avec les réfugiés eux-mêmes, des outils afin d’y répondre et faire de la Tech un catalyseur d’inclusion dans leurs sociétés d’accueil ?

Comment changer le regard des employeurs sur les réfugiés (parfois très bien formés, contrairement aux idées reçues) ?

En allant à leur rencontre, lors de conférences comme la Maddy Keynote, et en adoptant une approche pédagogique et pragmatique. Dans un monde où s’échangent et circulent de plus en plus d’informations, de capitaux, de biens, de services, de personnes, qui mieux que les réfugiés peuvent penser l’évolution de leur business sur ces nouveaux marchés ? Alors ne les voyons pas comme des réfugiés, ce n’est pas une identité figée. Voyons les ni comme des victimes, ni commes des héros mais comme gens déterminés qui ont été capable pour s’en sortir de mobiliser d’énormes ressources. Voyons leurs talents et investissons dans leur éducation et leur formation.

C’est dans ce but que nous avons conduit l’année dernière à Paris un programme pilote destiné à accompagner douze femmes réfugiées dans leur insertion sur le marché du travail tech français. Fort de ce sujet, nous travaillons cette année à son déploiement au sein de notre réseau international.

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Plus globalement, comment renforcer le « Vivre ensemble » dans notre société actuelle ?

En cessant enfin de faire de l’étranger une menace, un bouc-émissaire et d’opposer les citoyens les uns aux autres : un acquis pour l’un n’est pas un recul pour l’autre ! En montrant ce que les réfugiés et les locaux ont en commun. J’espère que nous y contribuons chaque jour par nos actions de plaidoyer bien sûr mais aussi par l’organisation d’événements et de hackathons rassemblant réfugiés et locaux pour imaginer ensemble des technologies qui aideront demain les personnes déplacées et qui pourront, grâce à leur design, être étendues à d’autres populations vulnérables. C’est l’un de nos huit principes directeurs.

La Tech constitue-t-elle un véritable levier de réussite pour la jeune génération ?

Un réfugié sur deux a moins de 18 ans. Pour ne pas faire de cette génération connectée une génération perdue, il faut en effet investir massivement dans leur éducation. Qu’ils soient dans des camps, où les réfugiés passent en moyenne 17 ans, ou réinstallés dans un nouveau pays, apprendre rapidement de nouvelles langues et acquérir de nouvelles compétences par l’intermédiaire d’outils en ligne tels que des MOOCs est essentiel. Réputé plus attentif aux talents qu’aux CV, l’écosystème Tech peut ensuite offrir des opportunités à des jeunes qui peine souvent à faire reconnaître en France leurs diplômes étrangers.

Techfugees est une organisation à but non-lucratif. Est-ce compatible avec le modèle startup ?

Move fast and break things est effectivement difficilement compatible avec la construction d’un écosystème “tech for refugees” durable et responsable ! Certains partenaires comme Google for Startups ou Schibsted, un groupe norvégien actionnaire par exemple en France du Bon Coin et de 20 minutes, qui nous soutient depuis nos débuts, l’ont heureusement compris. En France en revanche, il n’est pas simple de financer une organisation à but non-lucratif dont la mission principale est de soutenir, d’animer et de connecter une communauté de bénévoles dispersée à travers le monde. Aujourd’hui, je suis l’unique salariée de Techfugees et dois donc sans cesse jongler entre la recherche de financements pour nos opérations et leur mise en oeuvre. Cette situation n’est pas durable et nous espérons que notre stratégie de financement pour cette année nous sortira de l’urgence qui est difficilement compatible avec un impact à long-terme pour les réfugiés et déplacés.

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À quoi ressemblera la Tech4Good en 2084 ?

J’espère que toute la Tech sera “for good”! Ou du moins que toutes les entreprises, même si elles ne sont pas sociales par essence, se seront adaptées à la nécessité d’une croissance durable et solidaire. Et que la diversité ne se mesurera plus seulement en termes d’égalité entre les femmes et les hommes mais prendra aussi en compte la diversité des parcours.

Comment imaginez-vous le travail dans les sociétés futures ?

Les outils digitaux ont déjà considérablement transformé la manière dont nous “travaillons”. Je pense par exemple à l’essor du télétravail qui chamboule les horaires, les lieux et habitudes de travail. En 2084, les progrès techniques auront certainement atténué encore les repères formels liés à l’exercice d’une activité professionnelle, notamment dans des secteurs comme l’ingénierie, l’information etc. Toutefois, la nécessité d’inventer un nouveau modèle économique moins consommateur d’énergie et plus durable va certainement rebattre les cartes de l’économie mondiale. En tout cas je le souhaite sinon la réalité de l’état de la planète nous rattrapera et nos horaires de travail ne seront peut-être pas modifiés par choix mais en fonction des quotas et plage d’accès à l’électricité par exemple !

Peut-on imaginer que les notions de travail et d’engagement se rapprochent à l’avenir ?

Oui ! Il semblerait d’ailleurs que ce soit ce que recherchent de plus en plus de jeunes : un emploi, mais un emploi qui ait du sens et qui contribue à façonner un monde plus conforme à leurs aspirations. Comment attirer des talents en leur offrant la possibilité de dédier une partie de leur temps de travail à des projets à impact ? C’est un enjeu sur lequel nous travaillons régulièrement avec nos partenaires, notamment sous la forme de workathons pour accélérer techniquement des projets issus de la communauté Techfugees.

Retrouvez Joséphine Goube sur la Visionnary Stage de la Maddy Keynote, le 31 janvier prochain au CentQuatre (Paris) pour son intervention « Vers un écosytème #tech4refugees solidaire et durable »

Par

Anais Richardin

26 janvier 2019 / 09H00
mis à jour le 27 janvier 2019
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