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La fracture numérique est-elle vraiment celle que l’on croit ?

Crédits: Quitterie-Dumont
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Par Antoine Dumont - 25 octobre 2019 / 08H04

Antoine Dumont est le cofondateur de Startup Palace, opérateur d'accélérateurs de startups nantais. Il a passé le relai en 2018 pour partir 18 mois à l'aventure en famille.

Été 2018, je quitte une aventure entrepreneuriale démarrée quelques années plus tôt pour me lancer dans un projet hors du commun. Projet qui m’emmène bien loin de l’univers French Tech, startup nation, open innovation, VC, accélérateurs & co. La réalisation d’un rêve que je nourris depuis quelques années : voyager autour du monde avec mon épouse et nos trois enfants.

En septembre 2018, nous prenons la route et entamons une incroyable traversée de l’Afrique par les pistes. Aujourd’hui, ce périple n’est pas tout à fait terminé mais déjà quelques conclusions, et un début de bilan s’amorcent. Nombreux sont les sujets, les découvertes et les prises de conscience que je pourrais partager. Il en fallait bien un pour commencer, et j’ai voulu profiter de l’occasion pour faire un trait d’union entre ma dernière expérience professionnelle dans l’univers des startups et cette expérience africaine bouleversante.

La tech pour tous. Toujours ?

En (ré)ouvrant mon fil Linkedin après plusieurs mois d’absence, j’ai été interpellé par des contenus traitant de la fracture numérique en France. Cette fracture qui semble être une sorte de frontière entre ceux qui ont compris et pris en main les nouveaux codes du numérique – tant d’un point de vu technique que social – et ceux qui pataugent encore.

Intelligence artificielle, Homme augmenté, Blockchain, et d’autres mots sont les sujets qui aujourd’hui concentrent une dépense d’énergie et de fonds colossale. Chaque matin, des centaines de nouveaux entrepreneurs propulsent dans la galaxie tech de nouvelles applications, plateformes, technologies révolutionnaires qui vont changer le monde.

Et tout ça, c’est plutôt cool. On a permis de rendre la connaissance accessible au plus grand nombre et gratuitement grâce à toutes les plateformes de cours en ligne. L’impression 3D permet d’imprimer des organes humains bien utiles pour les greffes d’organes rares. La voiture autonome va bientôt réduire à néant les accidents de la route. La maison connectée est pilotable à distance et permet une réduction de la consommation de ressources. La ville (occidentale) connectée facilite les démarches administratives et le lien entre les citoyens. Le stockage de nos données sur le cloud accélère le partage d’informations à travers le monde. Et la dizaine d’applications sociales que chacun de nous utilise quotidiennement, nous rend tous plus proche malgré les distances physiques qui nous séparent.

Je reste persuadé que les grandes évolutions technologiques que nous vivons changent nos façons de vivre, de travailler et même de penser. Je pense qu’elles peuvent contribuer à apporter de bonnes et belles choses à notre monde. Je crois qu’elles sont des opportunités formidables pour résoudre les enjeux de notre humanité, dès lors qu’elles sont orientées au service du bien commun, dans l’objectif de faire grandir notre humanité.

Mais cet essor technologique a t-il réellement un impact pour les 100% d’individus qui peuplent notre planète ? Cette nouvelle révolution, à qui profite t-elle vraiment ?

La tech pour tous. Vraiment ?

Quelque part ailleurs dans le monde, à des milliers de kilomètres des écosystèmes Tech, on n’a ni eau ni électricité. Parfois peu ou rien à manger. Plus de 2 milliards de personnes sont toujours privées d’accès à l’eau potable sur notre planète. Concrètement, cela signifie que chaque jour des femmes et des enfants marchent sur de nombreux kilomètres, portant des sauts de 20 litres d’eau sur la tête ou à bout de bras. 3 heures par jour, consacrées au ravitaillement en eau du foyer familial. En Afrique subsaharienne, seulement 24% de la population a accès à une source sûre d’eau potable. Près de 800 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité dans le monde. L’Afrique subsaharienne souffre plus particulièrement du manque d’accès, avec encore 570 millions de personnes, soit une personne sur deux dans cette zone, n’ayant pas accès à l’électricité en 2017.

Ici et là, des décharges à ciel ouvert. Parfois ce sont les vaches et les chèvres qui se nourrissent de plastiques. Parfois, ce sont des tonnes de déchets plastiques que l’on enfouit sous le sable des plages. Ce plastique, omniprésent. Quand la gestion des déchets est quasi inexistante à l’échelle d’un continent entier, comme celui de l’Afrique, c’est une catastrophe écologique démesurée.  Difficile de reprocher cela aux populations qui habitent ces zones alors même que leurs besoins fondamentaux ne sont pas assouvis.

Pour générer quelques revenus, on coupe et on abat tous les arbres dans l’idée de les vendre. Pour cuisiner et faire chauffer la marmite, on brûle du bois. Pour désherber les chemins et les champs, on brûle encore. Parfois, c’est pour rabattre et capturer du gibier. Chaque année, les feux de brousse d’Afrique se transforment en d’immense étendues de feu, bien plus importantes encore que les actuels incendies d’Amazonie. L’agence Spatiale Européenne estime que l’Afrique subsaharienne représente environ 70% de la superficie brûlée dans le monde.

Tout ça forme le quotidien « normal » de centaines de millions de personnes. Tout ça a créé une situation d’urgence sociale et environnementale. Cette situation, je l’ai vue, découverte et touchée du doigt durant mon périple africain. Des situations similaires que l’on peut retrouver ailleurs dans le monde, comme en Asie ou en Amérique du sud. Alors, au final, cet « IT for good », à qui s’adresse t-il vraiment ?

Une fracture des préoccupations plus qu’une fracture numérique

Dans ces conditions, qu’en est-il de cette fameuse fracture numérique ? N’y aurait-il pas plutôt une fracture des préoccupations ? La vraie fracture – celle qui dépasse la seule question du numérique – ne serait-elle pas précisément là ? Des réalités de vie que tout semble opposer. Un monde qui avance à deux vitesses, augmentant chaque jour un peu plus, cette fracture. C’est un peu comme si l’on parlait de deux planètes distinctes. Sur la première, on est obnubilé par l’essor technologique pour sa performance et sa nouveauté. Sur la seconde, on est obnubilé par le niveau d’eau restante dans le bidon.

La déconnexion est tellement forte entre ces deux univers, qu’il est très difficile d’imaginer ce que les gens peuvent vivre d’un bord à l’autre. Il est donc temps de construire des ponts pour réduire cette fracture. Il est temps d’aller « faire un tour »  au sud de la Méditerranée, pour voir, pour mieux comprendre, pour rencontrer.

Dans le cadre des « Learning expeditions »  en Silicon Valley, on va visiter les locaux de Google, de Facebook et d’Apple. On est curieux de comprendre les success stories de ces entreprises et de découvrir leurs ambitions pour l’avenir. Et si maintenant on allait visiter l’Afrique, de l’intérieur, pour comprendre l’autre visage de notre planète ? L’occasion pour chacun, de développer une vision du monde plus globale et probablement moins limitée à celle de notre petit monde.

« Les progrès sont trop lents pour atteindre l’objectif d’accès universel [à une cuisine propre] d’ici à 2030 », décrypte Maria Neira, directrice du département de la santé publique à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Donc dans 10 ans, cette situation sera encore d’actualité. Alors pourquoi tant de personnes sont encore privées d’eau et d’électricité, ces ressources si indispensables à la survie de chacun ?

Les raisons sont bien évidemment multiples, et souvent complexes. Elles sont parfois un ensemble d’éléments qui viennent de questions géopolitiques, de guerres et de conflits, de questions culturelles, etc…

Certains pays n’ont pas de ressources pour acquérir les infrastructures. Par conséquent les habitants de ces pays n’ont pas de revenus pour se procurer eux-mêmes un début de solution. Parfois, les pays sont dotés de ressources colossales, comme en République Démocratique du Congo. Pourtant, ce n’est pas mieux qu’ailleurs ; la corruption et le détournement des richesses par une minorité semblant être le sport national. Mais toutes ces raisons, quand bien même décourageantes, sont-elles des excuses pour laisser une telle situation humaine perdurer ?

Réduire la fracture en changeant de focale

Par le passé, la technologie et la finance ont prouvé qu’il était possible de déployer très rapidement des infrastructures pour répondre à certains enjeux majeurs.  C’est le cas avec le Mobile Money. En 10 ans, l’Afrique est devenu le leader en matière d’usage avec un peu plus de 54% du volume du « mobile money »  mondial. Des zones rurales aux grandes villes, c’est 1,3 milliard de dollars de transactions qui sont effectuées chaque jour avec 80% du continent couvert par ces services d’argent mobile. Si bien qu’un éleveur habitant en pleine zone désertique sans accès à l’eau ou à l’électricité, est payé par mobile money pour la vente de sa vache.

Pour apporter des réponses concrètes, il nous faudra inventer de nouvelles manière de fournir des solutions, avec de nouveaux modèles économiques. Des modèles qui donnent de l’indépendance énergétique et financière aux utilisateurs finaux. Des modèles de mise en oeuvre qui utilisent le minimum d’intermédiaires (la fameuse logique « en direct du producteur au consommateur » ). Des modèles de financement et de retours sur investissements nouveaux.

Et si… nos entreprises ré-interrogeaient en profondeur le sens de leur action, leur mission, leur contribution réelle aux enjeux de notre humanité ? Et si… nos énergiques entrepreneurs-startuppeurs, au lieu de développer de nouvelles applications et services web qui contribuent à répondre à des besoins d’estime et des besoins d’accomplissement pour nos sociétés occidentales, se concentraient sur les besoins physiologiques de centaines de millions d’humains ?

Au moins, juste le temps de réduire « un peu » cette fracture des préoccupations.

Je livre ici un constat factuel, et une réflexion peut-être idéaliste. Mais si l’on est d’accord pour refuser cette situation de déséquilibre, il va falloir changer notre manière de penser pour stopper (vraiment) la catastrophe en cours.

Par

Antoine Dumont

25 octobre 2019 / 08H04
mis à jour le 24 octobre 2019
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