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Alexandre Caizergues, recordman entrepreneur

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Par Arthur Le Denn - 12 novembre 2020 / 08H00

Des sportifs de haut niveau se lancent dans l’entrepreneuriat. Leur point commun : faire de leur esprit exigeant, acquis au cours de leur carrière, le moteur de leur nouvelle aventure. Nous consacrons une série de portraits à ces femmes et hommes à part. Au tour du triple champion du monde de kitesurf Alexandre Caizergues, fondateur de Syroco.

En 2010, il est devenu le premier homme au monde à franchir le mur des 100 km/h sur l’eau avec un engin à voile. Le kitesurfeur Alexandre Caizergues s’est, deux années plus tard, fait voler la vedette par Paul Larsen. Doté d’un voilier d’un genre nouveau, le Vestas Sailrocket 2, le navigateur australien a atteint la vitesse de 121,1 km/h. Un exploit qui a motivé son concurrent français à mettre au point un appareil capable de lui redonner l’avantage. C’est le sens de sa startup, Syroco, qu’il a fondée à Marseille en avril 2019. Un nom pour rendre un hommage à peine voilé au célèbre vent subsaharien (le Sirocco) qui permet à cette poignée de sportifs de haut niveau d’atteindre de telles vitesses. Mais l’entreprise voit plus loin que d’éventuels futurs records. Elle ambitionne de rendre le transport maritime plus vertueux, alors qu’il reste l’un des principaux pollueurs à l’échelle mondiale.

Au départ, la pression du chrono

Alexandre Caizergues, champion du monde de kitesurf par trois fois, a toujours eu le goût de la vitesse. « C’est un moteur, tout comme les belles images », indique à Maddyness celui qui a débuté la compétition en 2005. Le startuppeur de 41 ans continue, chaque année, de participer à « une poignée de courses en France » et de tenter « un record au moins » – son prochain essai aura lieu en mars 2021. Cet attrait pour les sensations extrêmes irrigue en grande partie son aventure entrepreneuriale. « J’en suis simplement arrivé à la conclusion que je n’arriverais jamais à battre de nouveaux records du monde avec un kite traditionnel », souligne-t-il, pointant l’intérêt de doter la planche d’un « cockpit » afin de remplir pleinement les critères de sécurité.

Le sportif, diplômé en marketing, s’est entouré d’une équipe d’ingénieurs pour consolider techniquement la solution qu’il avait en tête. Une démarche facilitée par sa participation, en tant que directeur sportif, au Galion Project, un think tank qui fédère 300 entrepreneurs de la tech. « J’ai pu côtoyer des profils intéressants et variés pendant 5 ans », relève Alexandre Caizergues, qui a trouvé quatre associés aux expertises complémentaires. Bertrand Diard, qui a co-fondé la licorne française Talend ainsi que le fonds d’investissement Serena Data Ventures au sein de Serena, l’appuie sur le volet opérationnel. Florent Boutellier, lui, amène sa connaissance des plateformes data. L’architecte naval Olivier Taillard optimise la technologie. Yves de Montcheuil, enfin, est spécialiste du marketing et a accompagné le développement de nombreuses startups dans divers domaines.

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« Entreprendre, c’est comme préparer un exploit sportif »

Ensemble, ils ont « trituré le business model » de la future jeune pousse. « On m’a souvent dit que le projet était inspirant, mais que le public n’était pas franchement aguerri au sujet du kitesurf », raconte Alexandre Caizergues. C’est la raison pour laquelle le recordman a fait le choix d’une recette qui a fait ses preuves pour lui : les moonshots – l’utilisation d’exploits pionniers pour repousser les limites technologiques et générer une innovation de rupture. « C’est de cette manière que s’est bâti le projet Solar Impulse, détaille-t-il, en référence aux avions solaires mis au point par les pilotes suisses Bertrand Piccard et André Borschberg au sein de l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Avec une échelle de temps réduite, cela incite les équipes à se dépasser ». L’esprit sportif à la sauce entrepreneuriale, en somme.

Le fondateur de Syroco ne veut « pas simplement battre », mais « pulvériser » les records avec l’engin de sa création. « C’est complètement nouveau, affirme ainsi Alexandre Caizergues. Nous sommes partis de zéro pour imaginer un kite d’une surface totale de 30 à 50 m2, qui volerait tout en restant connecté à l’eau par le biais d’un foil ». Nom de code provisoire : SpeedCraft.

D’ici à la mi-2022, le triple champion du monde entend en faire lui-même la démonstration en Camargue « avec un ou une copilote ». « Nous irons à la vitesse de 150 km/h », espère-t-il, expliquant « avancer à bon rythme, bien que le Covid-19 ait mis un léger coup de frein ». Le startuppeur estime que si son parcours sportif lui a conféré une grande qualité, « c’est bien la résilience face à la difficulté »« Entreprendre, cela fonctionne comme on prépare un exploit sportif », s’aventure-t-il, jugeant attirer des talents chez Syroco de ce fait.

 

La transition écologique en bout de course

Si l’exploit sportif sera la vitrine de la technologie de Syroco, celle-ci a été pensée dans le but de permettre au secteur du transport maritime de réduire ses émissions de CO2. « D’ici à 2050, si rien ne change, ces dernières représenteront 17 % du total mondial contre 3 % aujourd’hui », dénonce Alexandre Caizergues, qui se dit « inquiet » de la trajectoire prise. Alors que des textes internationaux pressent les armateurs d’agir à ce sujet, le besoin d’innovation est immense. « Au-delà du fait qu’il s’agit de ma ville natale, Marseille a une politique très volontariste à l’égard de la blue economy », estime le kitesurfeur, qui dit se sentir « soutenu » dans son projet de transposer, à terme, sa technologie au transport maritime.

Alexandre Caizergues est un amoureux de la nature, soucieux de la transition écologique. Sa jeune pousse se veut à son image. Elle a basé son modèle économique sur le transfert de propriété intellectuelle. « Nous commercialiserons auprès de futurs clients nos solutions sous forme de licences. Cela pourrait intéresser des acteurs du secteur de l’énergie, en plus des transports », avance l’entrepreneur, qui a levé 600 000 euros auprès de business angels et 800 000 euros auprès de Bpifrance, de Région Sud Investissement et de la BNP Paribas. Un tour de table en série A sera lancé dans les prochains mois. Si la conceptualisation du prototype de SpeedCraft et le développement d’outils « maison », à même de permettre sa construction, sont achevés, du chemin reste à parcourir avant la mise à l’eau.

Syroco a présenté une maquette à l’échelle 1/5e, ainsi qu’une plateforme d’essai visant à mettre le système de contrôle de l’engin à l’épreuve. Un prototype radiocommandé sera exploité dès la fin de l’année 2020. « Courageux, mais pas téméraire : je ne prends jamais de risque inconsidéré. Tout doit être prêt pour battre ce record de vitesse… sans que je me mette en danger », assure-t-il, estimant qu’un premier exemplaire de l’appareil  dans sa version définitive pourrait être livré « au quatrième trimestre 2021 ».

En grand optimiste, le sportif se voit déjà faire « une tournée post record aux quatre coins du monde » pour présenter sa création. Une opération qui viserait à amorcer la deuxième vie de la startup, en lançant l’industrialisation de sa technologie par le biais de partenariats avec divers armateurs. Son prochain exploit ? « Pourquoi pas un cargo zéro émission », lance Alexandre Caizergues, sourire en coin. À priori plus à l’aise sur l’eau que sur terre, le jeune entrepreneur s’apprête pourtant bien à se lancer dans un marathon.

Par

Arthur Le Denn

12 novembre 2020 / 08H00
mis à jour le 10 novembre 2020
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