L’année 2026 s’ouvre sur une nouvelle détonante dans le monde des solutions technologiques B2B, historiquement dominé par les géants américains comme Salesforce, Microsoft ou Adobe. Le Groupe BPCE et ses 100 000 collaborateurs vient de revendiquer publiquement le choix de remplacer sa solution de centre d'appel et service client par la plateforme Diabolocom, petite start-up française méconnue de 150 personnes.
Au cœur de ce choix, un souci de souveraineté assumé par Gwilherm Le Donné, directeur général chez BPCE Solutions informatiques, qui déclare sur LinkedIn : « la souveraineté est devenue un critère de décision et nous n’avons pas peur de nous y attaquer. » Critère qui a vu Genesys, groupe technologique californien de 6 000 employés installé au cœur de la Silicon Valley, privé du marché en question.
Coup de tonnerre ou évolution logique des mentalités à l’heure où l’Etat annonce appliquer le principe de préférence nationale ou européenne dans la commande publique numérique ? Tout porte à croire que l’actualité géopolitique brulante a sérieusement remis le sujet au cœur des préoccupations des dirigeants, et il se pourrait bien qu’on assiste à de vrais changements de fond à l’aube d’une année qui s'est ouverte sur un monde que nous pensions révolu : un monde gouverné par le rapport de force.
Pourtant depuis dix ans, l’argument de la souveraineté était à double-tranchant pour les éditeurs qui en faisaient leur positionnement, relevant le plus souvent du prérequis de façade plutôt que d’une intention avérée. Mais les choses changent très rapidement, selon Raphaël Ravoux, global client Partner chez Ernst & Young : « nos clients font désormais de la souveraineté une réelle priorité. »
Des solutions françaises existantes
Dans le domaine, la France dispose d'un avantage systémique unique pour irriguer un écosystème complet de solutions technologiques souveraines : OVH Cloud, hébergeur souverain, propose aujourd'hui une alternative d'envergure aux éditeurs et par extension à leurs clients soucieux de minimiser leur dépendance aux clouds américains et de protéger l’accès à leurs données personnelles tout en s'assurant que la valeur créée continue de circuler sur le territoire national, plutôt que de prendre un aller-simple pour New York ou Palo Alto.
Une trajectoire stratégique que nous avons assumée dès la création de Batch en 2014, en faisant le choix d’une infrastructure d’hébergement exclusivement fondée sur des serveurs physiques hébergés dans plusieurs data centers en France. Des choix exigeants et contre-intuitifs qui ont demandé d’importants investissements en infogérance mais se révèlent aujourd’hui particulièrement adaptés au monde dans lequel nous sommes entrés.
Mais derrière la trajectoire individuelle de quelques start-ups comme Batch ou Diabolocom, se dessine une dynamique positive pour tout un écosystème. Si public et privé s’alignent enfin sur une exigence de préférence nationale dans la commande technologique dès cette année, ce sont des milliers d’entreprises qui verront leur carnet de commande se remplir plus rapidement, enclenchant un véritable cercle vertueux que nous n’avons jamais connu.
Meilleure résistance à la concurrence déloyale des groupes étrangers qui ont fait cette révolution industrielle vingt ans plus tôt et déferlent sur le marché européen avec des moyens de lobbying inégalables. Meilleure résistance au cycle souvent mortifère des levées de fonds à répétition pour financer du développement à perte. Meilleure résistance, enfin, aux assauts du private equity anglo-saxon, financé par la manne immense des fonds de pensions américains qui ne connaissent pas d’équivalent en Europe, et sont l’équivalent de délocalisations par captation du capital.
Un mouvement de fond qui verrait une renaissance du capitalisme familial qui a toujours été l’ADN distinctif de l’industrie européenne et la source de territoires riches, vivants et prospères. Plus que jamais, le destin des européens est entre leurs mains : l’envie a toujours été là ; l’actualité internationale leur fournit désormais les moyens d’agir concrètement.