Face aux tensions géopolitiques et à l’accélération des innovations technologiques, le Royaume-Uni veut moderniser en profondeur son appareil de défense. L’intelligence artificielle, en particulier, est désormais identifiée comme un levier clé pour transformer les capacités militaires et accélérer l’innovation.

En septembre 2025, le gouvernement britannique a ainsi publié sa Defence Industrial Strategy, une feuille de route pour les années à venir, qui identifie clairement l'intelligence artificielle comme un axe majeur de développement pour le secteur de la défense.  Ce signal politique fort est accompagné par des investissements publics conséquents en direction du secteur de la “DefTech”. 

Un fonds stratégique d’investissement

Le gouvernement britannique a par exemple annoncé la création d'un fonds stratégique d'investissement pour la sécurité nationale qui sera abondé à hauteur de 330 millions de livres : il sera destiné spécifiquement à répondre aux besoins de sécurité nationale et de défense du pays. 

En outre, dans le cadre du “Spending Review 2025”, la chancelière Rachel Reeves a annoncé un engagement total pour la R&D de 86 milliards de livres sur quatre ans (d’ici à 2029/2030), dont une partie significative est fléchée vers la défense. Face à un contexte international plus instable, le budget militaire avait quant à lui déjà été rehaussé à 2,9 milliards de livres supplémentaires dès le budget d'automne 2024, pour dépasser les engagements OTAN.

Une réforme pour rapprocher l’armée du rythme de l’innovation

Mais les investissements ne suffiront pas. Pour beaucoup d’acteurs industriels, le principal défi consiste à aligner le rythme des organisations militaires avec celui de l’innovation technologique.

"Ce qui est encourageant, c'est que le Ministère de la Défense nous donne des indications claires sur ses priorités d'investissement", observe Mike Sewart, UK Chief Technology Officer de la filiale britannique du groupe français Thales, tout en ajoutant que "le défi maintenant, c'est que le rythme de changement au sein de l’armée s’aligne avec le rythme de la technologie."

C’est précisément l’un des objectifs de la “Strategic Defence Review”, engagée l’an dernier par le gouvernement britannique. Cette réforme vise à moderniser les structures décisionnelles et les chaînes d’approvisionnement afin de les rendre plus agiles et plus ouvertes aux innovations. "Cette réforme devrait simplifier certains processus et permettre une accélération des technologies plus innovantes", espère ainsi Mike Sewart.

Un écosystème plus ouvert et collaboratif

Dans ce contexte, les grands groupes industriels cherchent eux aussi à renforcer leur collaboration avec l’écosystème technologique. Avec 8 000 employés au Royaume-Uni répartis à travers l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord, Thales, qui opère principalement dans l'aérospatial, la défense, la sécurité et le transport terrestre, entend contribuer largement à ce mouvement, aussi bien via des investissements que des partenariats.

"C'est une priorité stratégique pour Thales de développer et travailler avec un écosystème diversifié", explique le CTO du groupe français.  Thales collabore ainsi, des deux côtés de la Manche, avec des startups, des PME, des institutions académiques, mais aussi avec les hyperscalers comme Google, Amazon Web Services et Microsoft Azure, notamment pour ses solutions de cryptographie souveraine.

"Je crois fondamentalement que la puissance de l'innovation vient de la diversité des compétences. Les grandes organisations comme Thales apportent une compréhension profonde du client et une expertise en sécurité et sûreté. Les startups et PME apportent des technologies brillantes qui doivent souvent être intégrées dans des systèmes plus larges”, explique Mike Sewart.

Arrivé mi-2025 chez Thales, celui-ci est bien placé pour observer les transformations profondes du secteur. La défense britannique, longtemps dominée par l'ingénierie lourde, connaît en effet une mutation profonde avec l'arrivée de l’intelligence artificielle et des technologies avancées. "Le secteur de la défense au Royaume-Uni est en train de rattraper son retard, les choses s'améliorent", constate-t-il ainsi.

Ceci étant, il reste encore du chemin à parcourir pour aligner le rythme de la technologie avec celui des processus de défense… Mais l’IA pourrait bien, ici aussi, accélérer les choses.

200 experts IA chez Thales UK

Sur ce sujet spécifiquement, Thales a investi 40 millions de livres l'année dernière pour développer ses capacités d'IA au Royaume-Uni, notamment en y embauchant des spécialistes du sujet. "Nous avons lancé CortAIx en 2024 : c’est notre accélérateur IA, à l’échelle du groupe. Au Royaume-Uni, nous avons environ 200 experts IA sur les 800 que compte Thales mondialement", détaille Mike Sewart. 

Les applications de l'IA dans la défense couvrent un spectre potentiellement très large. "Prenez la reconnaissance d'images dans les données sonar : nous utilisons l'IA pour identifier des patterns et former des algorithmes capables de reconnaître des objets dans l'eau", illustre le CTO. "Cette même technologie de reconnaissance d'images, on la retrouve dans la planification de missions tactiques pour l'armée, mais aussi dans nos solutions civiles comme les tours de contrôle virtuelles d'aéroports."

Cette approche “dual-use” (où les technologies militaires et civiles se nourrissent mutuellement) est d’ailleurs l’une des caractéristiques du marché britannique de la “Defense Tech”. "Les fondamentaux de l'IA, comme la reconnaissance d'images ou le traitement du langage naturel, sont les mêmes qu'on les applique à des cas d'usage militaires ou civils. Seule l’utilisation change", souligne Mike Sewart.

Une ambition nationale pour l’IA

Au-delà du seul secteur de la défense, le Royaume-Uni ne manque pas d'ambitions en matière d'intelligence artificielle. Classé premier en Europe et 4e mondialement dans le Global AI Index 2024, le pays abrite plus de 3 700 entreprises d'IA employant 64 500 personnes. Surtout, il a attiré plus de 44 milliards de livres d'investissements privés depuis 2024, se positionnant comme le premier marché européen et le troisième mondial pour le capital-risque en IA, derrière les États-Unis et la Chine.

Pour soutenir cette dynamique, le gouvernement britannique a lancé en janvier 2025 l'"AI Opportunities Action Plan", un plan ambitieux doté de plus de 2 milliards de livres qui vise notamment à multiplier par 20 les capacités de calcul d'ici 2030 via l'”AI Research Resource”. Ce plan prévoit aussi la création d’"AI Growth Zones" à travers le pays, afin d’accélérer le développement d'infrastructures (data centers, centre de calculs,...). A cela s’ajoute la création d’une "Sovereign AI Unit" présidée par James Wise, de Balderton Capital : celle-ci est dotée de 500 millions de livres de financement pour accélérer le développement et la maîtrise de l’'IA du Royaume-Uni. 

Dans le contexte géopolitique actuel, le secteur de la défense est l’un des nombreux domaines à bénéficier de ce volontarisme.

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