Après deux mois sous les 400 millions d’euros, le financement des startups françaises change brutalement d’échelle. En juin, 34 opérations ont été recensées pour 1,046 milliard d’euros levés, contre 391,95 millions d’euros en mai, à nombre d’opérations identique. Par rapport à juin 2025, le contraste est encore plus net : les montants progressent de 99,26 %, alors que le nombre de levées recule de 51 à 34.
À l’échelle du semestre, le marché donne donc des signes de relance, mais pas d’un retour à l’abondance. Les startups françaises ont levé 4,261 milliards d’euros au premier semestre 2026, contre 2,359 milliards d’euros sur la même période en 2025, soit une progression de 80,61 %. Le niveau dépasse aussi celui du premier semestre 2024, à 3,838 milliards d’euros, et se situe légèrement au-dessus de 2023, à 4,154 milliards d’euros. Mais cette reprise se fait avec un marché beaucoup plus resserré : 215 opérations depuis janvier, contre 252 au premier semestre 2025, 365 en 2024 et 450 en 2023. Autrement dit, les montants sont revenus à un niveau élevé, mais ils se concentrent sur un nombre réduit de startups.
Dans ce contexte, juin se situe lui-même nettement au-dessus du rythme moyen de l’année : 1,046 milliard d’euros levés, contre 710 millions d’euros par mois en moyenne depuis janvier. Mais ce retour au-dessus du milliard ne raconte pas une reprise homogène. Les trois méga-tours du mois, Alan, Bionyra Pharma et Quobly, représentent 735 millions d’euros à eux seuls, soit plus de 70 % des montants levés en juin.
Le ticket moyen de juin atteint 31 millions d’euros, contre 12 millions d’euros en mai et 20 millions d’euros en moyenne sur le semestre. Là encore, la lecture brute doit être nuancée : sans les trois opérations supérieures à 100 millions d’euros, le ticket moyen retombe autour de 10 millions d’euros. Côté stades, l’amorçage domine en volume avec 18 opérations, mais ne pèse que 69 millions d’euros. Les séries A concentrent 447 millions d’euros en 14 opérations, tandis que les deux opérations late stage, Alan et InnovaFeed, totalisent 531 millions d’euros.
L’IA ralentit en juin, mais reste le grand marqueur du semestre
Les startups ayant recours à l’IA ont levé 127,4 millions d’euros en juin, répartis sur 12 opérations. Elles représentent ainsi 12,18 % des montants du mois, une part faible au regard du semestre. Depuis janvier, les startups IA ont levé 2,132 milliards d’euros en 75 opérations, soit 50 % de l’ensemble des montants levés par les startups françaises.
Ce décalage tient surtout à la composition du mois. Les trois plus grosses levées de juin ne sont pas classées dans le périmètre IA, ce qui mécaniquement réduit la part de l’IA dans les montants. Le signal reste pourtant solide : l’IA continue d’irriguer des secteurs très différents, de la défense à l’observabilité logicielle, en passant par les RH, la fintech, la legaltech ou l’industrie.
Top 10 des levées de fonds des startups ayant recours à l'IA ce mois-ci :
Assurtech, biotech, deeptech : trois secteurs au-dessus de leur rythme semestriel
Le classement sectoriel de juin est dominé par l’assurtech, avec 480 millions d’euros levés en une seule opération, celle d’Alan. Le secteur dépasse ainsi très largement sa moyenne mensuelle du semestre, établie à 105 millions d’euros. En juin 2025, l’assurtech ne totalisait que 25 millions d’euros.
La biotech connaît elle aussi un mois très supérieur à son rythme habituel : 191 millions d’euros en juin, contre une moyenne mensuelle de 62 millions d’euros depuis janvier et 15 millions d’euros en juin 2025. Bionyra Pharma et InnovaFeed suffisent à faire du secteur le deuxième contributeur du mois.
La deeptech confirme, elle, son rôle de colonne vertébrale du semestre. Avec 177,4 millions d’euros en juin, elle dépasse sa moyenne mensuelle de 129 millions d’euros et écrase son niveau de juin 2025, limité à 25 millions d’euros. La différence tient à la fois à Quobly, qui lève 115 millions d’euros, et à la profondeur du secteur : huit opérations ont été recensées ce mois-ci.
D’autres secteurs affichent une lecture plus contrastée. La smart industry atteint 56 millions d’euros, un niveau proche de juin 2025 mais très au-dessus de sa moyenne mensuelle 2026. À l’inverse, l’IT, premier secteur du semestre avec 1,041 milliard d’euros levés depuis janvier, retombe à 31 millions d’euros en juin, très loin de sa moyenne semestrielle, gonflée par le tour d’AMI Labs en mars. La fintech, à 24,70 millions d’euros, progresse par rapport à juin 2025, mais reste sous son rythme moyen du semestre.
L’Île-de-France concentre toujours l’essentiel des montants
La concentration géographique reste massive. En juin, l’Île-de-France capte 869 millions d’euros en 20 opérations, soit plus de 83 % des montants levés. Paris représente 780 millions d’euros en 17 opérations, porté notamment par Alan, Bionyra Pharma et InnovaFeed. L’Île-de-France hors Paris totalise 89,20 millions d’euros en 3 opérations, avec un point notable : les trois startups concernées, Alta Ares, Tsuga et Finovox, sont classées dans le périmètre IA.
L’Auvergne-Rhône-Alpes arrive loin derrière, mais signe un mois solide avec 150 millions d’euros en 4 opérations, principalement grâce à Quobly. Les autres régions apparaissent davantage par capillarité que par gros tickets : 10,2 millions d’euros pour l’Occitanie, 9,5 millions pour la Nouvelle-Aquitaine, 3,9 millions pour les Hauts-de-France et 3,6 millions pour la Bretagne.