On parle beaucoup de souveraineté numérique. Mais on continue de l’enfermer dans des débats d’infrastructures, de cloud ou de conformité RGPD. On oublie une chose simple : la souveraineté commence là où naît la confiance. Or aujourd’hui, nos clés de chiffrement sont générées ailleurs. Sur des serveurs, dans d’autres pays, souvent sans contrôle réel. Même les systèmes critiques d'États européens s'appuient sur des standards ou des bibliothèques cryptographiques hébergées aux États-Unis ou dans des infrastructures non maîtrisées. On parle d’autonomie, mais nos fondations mathématiques sont déjà sous-traitées.

Dit autrement : nous avons externalisé notre capacité à faire confiance.

Selon moi, le futur consisterait a faire en sorte que chaque individu devienne son propre “seed server”, en générant une graine de chiffrement directement à partir de son activité cérébrale. Grâce à un EEG non-invasif, on capte des NeuroMarkers : signatures électriques uniques, non reproductibles, intrinsèquement personnelles.

Cette donnée biologique n’est ni partageable, ni piratable, ni falsifiable. Elle permet de générer une clé locale, éphémère, utilisable pour chiffrer, authentifier ou signer, sans passer par un serveur, une API ou une autorité externe. Ce n’est pas juste une nouvelle méthode biométrique. C’est une architecture cryptographique incarnée, où la clé ne vient plus d’un calcul, mais d’un encodage neuronal vivant.

L’émergence de l’ordinateur quantique change radicalement la donne. Un système quantique suffisamment puissant pourrait briser en quelques secondes les systèmes RSA ou ECC actuels, qui sécurisent aujourd’hui plus de 90 % des communications sur internet. Selon IBM, les premières machines capables de casser ces algorithmes de manière réaliste pourraient émerger d'ici 2030. L’ANSSI et l’Agence européenne de cybersécurité ont déjà appelé à une migration post-quantique urgente.

Mais voilà : les cryptographies post-quantiques restent mathématiques. Elles reposent sur de nouvelles structures algébriques, certes plus résistantes, mais toujours soumises à l’évolution des capacités de calcul. À l’inverse, une clé cérébrale ne repose pas sur une équation, mais sur une donnée biologique, volatile, générée en temps réel, dans un espace privé. Aucun ordinateur, quantique ou non, ne peut prédire ou régénérer l’activité électrique d’un cerveau humain donné à un instant donné.

En pleine prise de conscience l ’Europe aurait ici un coup à jouer, plutôt que de répliquer des géants technologiques, l’Europe pourrait devenir leader d’un nouveau paradigme cryptographique : local, incarné, contextuel. Une souveraineté où la personne devient la racine de confiance, et non l’État, ni un cloud tiers, ni une autorité centralisée.

Imaginez un futur où chaque citoyen génère sa propre clé uniquement lorsqu’il est présent, conscient, actif. Plus de stockage, plus de transfert, plus de compromission possible. J'aime à penser que le vrai rempart face au piratage, au deepfake, à la désinformation algorithmique ou à la menace quantique, est notre propre cerveau.

Et si, demain, le protocole de chiffrement le plus sûr n’était plus basé sur la complexité mathématique, mais sur l’unicité de notre signal neuronal ?

Ce modèle existe. Et je suis convaincu qu’il pourrait faire de chaque citoyen européen un acteur actif de la souveraineté numérique. Non pas par décret, mais par encodage.