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20 janvier 2022
Mae Berenice Meite

Entre patinage et entrepreneuriat, le programme complet de Maé-Bérénice Méité

Des sportifs de haut niveau se lancent dans l’entrepreneuriat. Leur point commun : faire de leur esprit exigeant, acquis au cours de leur carrière, le moteur de leur nouvelle aventure. Nous consacrons une série de portraits à ces femmes et hommes à part. Au tour de Maé-Bérénice Méité, sextuple championne de France de patinage artistique et fondatrice de Visio Planner.

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Entre patinage et entrepreneuriat, le programme complet de Maé-Bérénice Méité
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Maé-Bérénice Méité joue sur plusieurs fronts, mais à chaque fois dans la cour des grands. La sextuple championne de France de patinage artistique dans la catégorie Élite a disputé l’ensemble des compétitions majeures de sa discipline, allant même jusqu’à participer aux Jeux olympiques d’hiver à deux reprises. À seulement 27 ans, elle met également sa force de caractère au service d’un projet entrepreneurial encore naissant : le Visio Planner. Cet outil de planification, qu’elle a d’abord créé dans le but d’optimiser sa propre organisation, a vocation à être utilisé « par des athlètes de haut niveau de toutes les disciplines ». Un défi ambitieux qui n’effraie pas le moins du monde Maé-Bérénice Méité, en perpétuelle quête d’adversité : « Je me lance avec passion, dans l’espoir de donner à la nouvelle génération un moyen d’éviter de rencontrer les mêmes blocages que moi en matière d’organisation. »

S’astreindre à une routine exigeante

C’est à la patinoire municipale de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) que la future championne enfourche ses premiers patins, à seulement cinq ans. « J’étais un peu hyperactive, raconte à Maddyness Maé-Bérénice Méité. Mes parents m’ont proposé plusieurs activités pour me canaliser. Ils ne s’attendaient pas du tout à ce que je choisisse le patinage artistique. » À la maison, son père est plutôt tourné vers le handball et sa mère papillonne entre plusieurs sports – tous deux pratiquent à bon niveau, sans être professionnels. « J’étais élancée et, quelque part, il aurait été plus logique que je porte mon choix sur l’athlétisme » , sourit-elle. Pour autant, la patineuse conserve un souvenir très vif de sa rencontre avec la glace : « Un coup de foudre. » Elle signe sans délai à l’Entente sportive de Vitry.

Débute alors son ascension à vitesse grand V. Maé-Bérénice Méité peut compter, à la fois, sur un physique différent des jeunes filles de son âge ainsi que sur une immense capacité de travail. Elle est repérée à ses sept ans, alors qu’elle n’est qu’en catégorie « Glaçons » – les débutants. « J’ai intégré un groupe d’entraînement intensif, qui m’a permis de participer à mes premières compétitions, départementales puis régionales, à partir de neuf ans » , se souvient-elle. Une prouesse technique lui permet, un an plus tard, de prendre le large par rapport à la concurrence : le double axel, « le saut le plus difficile à réaliser chez les filles à l’époque ». L’athlète est, de ce fait, surclassée dès ses 12 ans. Elle doit alors se confronter à des patineuses plus âgées qu’elle et, donc, plus aguerries. Ce qui ne l’empêche pas de se classer seconde aux championnats de France Élite par deux fois, en 2008 puis 2009.

À 16 ans, estimant avoir davantage « un physique d’une femme que d’une jeune fille de [son] âge », Maé-Bérénice Méité intègre la catégorie senior et se lance sur la scène internationale. À partir de 2011 et jusqu’à 2020, elle se distingue aux championnats d’Europe en intégrant le top 10 à huit reprises. Elle participe aussi, de 2011 à 2016, à cinq championnats du monde. Elle est au sommet de sa carrière lorsqu’elle se classe dixième lors des Jeux olympiques d’hiver de 2014, à Sotchi (Russie), et se hisse une nouvelle fois en finale lors de ceux de PyeongChang (Corée du Sud) en 2018. S’ensuit une reconnaissance qui lui permet d’être désignée porte-drapeau dans le cadre des Universiades de 2019, à Krasnoïarsk (Russie). Le fruit d’une routine exigeante : les cours de danse classique et de préparation physique, les sessions collectives et techniques sur la glace, tout comme les programmes au sol et complets s’enchaînent. Ce qui représente de nombreuses heures de travail, au quotidien.

« Au départ, entreprendre était un jeu »

Maé-Bérénice Méité dit tirer sa force de son équipe d’entraîneurs. « Tous ont leur champ de compétence spécifique, et des synergies se créent, note-t-elle. C’est, finalement, un peu comme dans un business : il faut pouvoir mobiliser plusieurs ressources. » Et c’est à cette fin qu’elle a pensé à créer un outil de planification. Car, en parallèle de sa  carrière sportive, Maé-Bérénice Méité étudie le management à l’université de Montpellier dans le cadre d’une formation à distance. Elle y voit une carte à jouer dans le but d’optimiser son organisation et, in fine, réaliser de meilleures performances sur la glace. « Je voulais qu’on puisse notamment m’adresser des feedbacks de mes prestations pour porter attention au moindre détail » , indique-t-elle, confiant « ne voir que le mauvais » lorsqu’elle se regarde en vidéo.

Le projet s’accélère ainsi en 2021, alors que l’athlète n’a d’autre choix que de se mettre au repos. Son tendon d’achille a rompu, alors qu’elle exécutait son programme court lors du championnat du monde à Stockholm (Suède). « J’ai pris six mois d’arrêt. Un coup dur, tant il est difficile de revenir à son meilleur niveau après coup » , livre la sportive, dont l’Italien Lorenzo Magri est le coach principal. Maé-Bérénice Méité prend alors le parti de répartir son temps entre la Floride et la ville d’Egna, en Italie, afin de s’économiser la fatigue des voyages entre les États-Unis, où se situe son centre d’entraînement principal, et l’Europe, où elle dispute la plupart de ses compétitions. Elle rend, au même moment, son mémoire universitaire qu’elle dédie au sujet du management de la pratique sportive : « J’ai toujours connu le monde du sport. C’est pourquoi je savais pertinemment qu’une autre approche était possible afin de guider les athlètes de haut niveau vers leur pic de performance. »

Maé-Bérénice Méité, qui décrit comme « quelqu’un de carré » , a donc imaginé un outil capitalisant sur son expérience en tant que sportive et ses connaissances académiques. Une première version est nommée « Motivation & Boost Academy » , avant d’être perdue du fait d’une mauvaise manipulation. « Cela a été un coup dur, je m’étais beaucoup investie, raconte la championne. Heureusement, une rencontre m’a regonflée à bloc. » Cette rencontre, c’est celle de l’ancienne athlète Ophélie Sextius, reconvertie gestionnaire de patrimoine. « Elle a adoré mon projet, m’expliquant que l’outil pouvait également aider sa clientèle de sportifs de haut niveau. » C’est de là que naît la solution de planification Visio Planner, qui a depuis fait des petits. Ainsi, un autre util baptisé Budget Planner permet, comme son nom l’indique, de piloter ses dépenses. « Au début, entreprendre était un jeu. Ça ne l’est plus » , assène Maé-Bérénice Méité, qui a su s’entourer dans son aventure entrepreneuriale aussi bien que dans sa carrière sportive.

Un soutien et une motivation olympiques

La patineuse artistique profite, de septembre 2021 à février 2022, de l’accompagnement d’Athlete365. Cet accélérateur d’entreprises, initié par le Comité international olympique (CIO), permet aux olympiens, actuels et passés, de façonner leur projet. De quoi préparer leur seconde carrière. « On a accès à des experts de tous les domaines, qui nous guident de la conception jusqu’à la signature du premier client. Des objectifs à atteindre sont fixés chaque mois, tels que la rédaction du business plan » , expose-t-elle, arguant que ses deux chantiers majeurs consisteront à « lever des fonds et recruter un développeur » dans le but d’interconnecter planification et pilotage budgétaire pour « bâtir un écosystème de services complet ».

Et Maé-Bérénice Méité a de la suite dans les idées. Elle sait que le manque de données disponibles quant aux habitudes des sportifs est criant. Sa future application est un moyen d’en collecter efficacement, pour permettre à d’autres de s’en saisir à leur tour. Ce qui vise à permettre à chaque athlète quelle que soit sa discipline de roder une routine personnalisée. « Début 2018, je n’ai pas pu terminer un programme [de patinage]. C’est en regardant un documentaire sur Netflix que j’ai eu le déclic : j’avais une carence en fer, et aucun moyen de l’identifier » , illustre la sextuple championne de France, plaidant pour une « adaptation des solutions aux habitudes propres à chacun ».

De manière générale, réunir l’ensemble des informations en un espace unique est un moyen de simplifier la vie de ses utilisateurs selon Maé-Bérénice Méité… qui prévoit de lancer ses différents outils tout au long de l’année 2022. Lors de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin (Chine), auxquels elle ne participera pas du fait de sa blessure, la patineuse commercialisera « Icy Planner » – cette version, lancée le 4 février, mettra son outil à l’épreuve auprès d’athlètes de sa discipline, avant que le bêta test de la mouture définitive ne soit publiée fin 2022.

La néo-entrepreneuse voit de très nombreux points communs entre ses deux activités. « La passion, pour commencer. En tant que sportif comme en tant que dirigeant, il faut être audacieux : souvent, on marche un peu seul avant que d’autres viennent grossir les rangs. Authentique, aussi. Garder son ADN constitue un avantage concurrentiel » , avance celle qui estime que « la longévité » de la carrière sportive décuple les retombées. Maé-Bérénice Méité élabore, pour l’instant, le projet Visio Planner sous le statut d’auto-entrepreneur. Elle songe à créer une entreprise, avec une double domiciliation en France et aux États-Unis, courant 2022.

Entre deux Tik Tok, réseau social sur lequel elle publie des vidéos avec son coach pouvant atteindre les 2 millions de vues, la patineuse s’intéresse aussi à la création de parfums… jusqu’à évoquer une reprise d’études en chimie, à plus ou moins long terme. La prochaine saison sportive l’aura, d’ici là, rattrapée : elle débutera en mars, par des compétitions mineures en Estonie. « Puisque je ne participe pas aux JO 2022, autant ne pas participer aux championnats du monde qui se tiennent à Montpellier cette année. Il s’agit d’être stratège et de se préserver pour viser directement les JO de Milan, en 2026. »

Retrouvez les précédents articles de cette série :

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Article écrit par Arthur Le Denn
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