« C’est la plus importante série A du quantique en hardware », se félicite Maud Vinet, CEO et cofondatrice de Quobly. La startup grenobloise vient de lever 115 millions d’euros pour accélérer l’industrialisation de son ordinateur quantique. Le tour de table réunit notamment STMicroelectronics, géant franco-italien des semi-conducteurs, SealSQ, spécialiste suisse de la cybersécurité, Air Liquide, via son fonds de capital-risque Aliad, ainsi que le Conseil européen de l’innovation et Blast. Les investisseurs historiques de Quobly, Quantonation, Supernova Invest, Innovacom et Bpifrance, participent également à cette série A. « Avec cette levée, nous sommes dans la course capitalistique par rapport à nos concurrents français », souligne Maud Vinet. L’entreprise avait déjà levé 40 millions d’euros depuis sa création en 2022.
Quobly fait partie des cinq pépites françaises du quantique, aux côtés de Pasqal, Alice & Bob, C12 et Quandela. Pour développer son ordinateur quantique, la startup mise sur l’industrie du semi-conducteur et sur des procédés de fabrication déjà éprouvés dans la microélectronique. Son pari repose sur la technologie silicium, proche de celle utilisée pour les puces électroniques classiques. « Notre technologie permet d’avoir des machines moins chères à la vente que celles de nos compétiteurs. Elles sont directement compatibles avec les data centers ou les supercalculateurs déjà existants de nos clients. C’est un gain de temps et d’argent considérable pour eux », précise Maud Vinet.
OVH Cloud, premier client privé
Cette levée de fonds doit désormais permettre à Quobly de renforcer sa R&D, de livrer son premier ordinateur quantique dès 2027 et d’accélérer son développement international. Créée en 2022 par Maud Vinet et Tristan Meunier, deux chercheurs issus du CEA et du CNRS, la startup est basée à Grenoble. Elle dispose également de bureaux à Paris et à Taïwan, ainsi que de filiales à Singapour et à Sherbrooke, au Canada.
Cette levée intervient aussi quelques jours après l’annonce par Emmanuel Macron d’une nouvelle enveloppe d’un milliard d’euros pour la filière quantique, avec l’objectif de soutenir la commande publique, la recherche et la formation. Un contexte porteur pour Quobly, qui réalise déjà 10 millions d’euros de chiffre d’affaires via l’armée française, dans le cadre du programme « Proqcima ».
Ce dernier réunit les cinq grandes startups françaises du quantique avec l’objectif d’équiper l’État français de deux prototypes d’ordinateurs quantiques fabriqués en France d’ici 2032. Quobly doit également livrer dès cette année un premier ordinateur quantique accessible via le cloud à OVHcloud, sans que le client ait besoin de disposer de sa propre infrastructure physique. « Nous visons aussi les grands hyperscalers, comme AWS ou Google Cloud, ainsi que les entreprises qui font tourner leurs propres systèmes de calcul, comme les banques ou les États souverains », souligne Maud Vinet.
Suspension des discussions pour une vente
Pour passer à l’échelle, Quobly compte aussi s’appuyer sur ses nouveaux actionnaires industriels. STMicroelectronics doit lui apporter son expertise dans la fabrication de semi-conducteurs, Air Liquide doit sécuriser l’approvisionnement en matières premières stratégiques, tandis que SealSQ doit contribuer aux enjeux de cybersécurité.
Le cas de SealSQ est particulier : il était question, il y a quelques mois, que le groupe suisse rachète la pépite française. Mais les deux parties ont finalement choisi de suspendre leurs discussions. « Il nous a semblé plus pertinent de vendre une part minoritaire à SealSQ pour nous développer pleinement, plutôt que de vendre tout de suite l’entreprise. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes fermés à un exit un jour », explique Maud Vinet. Quobly emploie aujourd’hui une centaine de salariés et prévoit de tripler ses effectifs dans les deux prochaines années.